Aux origines de la vape étaient les montages dit « genesis », basés sur l’excellente capillarité de ces fines feuilles de toile d’acier appelée « mesh ». Ces montages ont vu leur popularité décroître à l’arrivée de la fibre de silice, elle même poussée vers l’obsolescence par les techniques de micro-coils à mèche de coton. Les choses de la vape évoluent, dans le cas présent vers une plus grande facilité de mise en œuvre et c’est tant mieux.

01 - genesis

Dans ce Genesis là, le 80% PG serait 80% Peter Gabriel !

Néanmoins, les montages genesis ont gardé une certaine aura et comptent encore beaucoup d’ardents défenseurs. Je n’en citerai qu’un, auteur d’un superbe article en forme de déclaration vibrante consultable ici.

Ces montages m’ont toujours un peu grattouillé quelque part sans que je ne me décide à m’y frotter. Leur réputation de grande difficulté et les phrases assassines de leurs détracteurs y sont bien sûr pour quelque chose mais je pense aussi avoir longtemps considéré qu’il ne servirait à rien de me prendre le chou à bricoler des nids à prise de tête alors que mes micro-coils coton me donnaient entière satisfaction. Et puis sont arrivés les Origen…

Comme beaucoup, j’ai monté les Origen en micro-coil classique, pour un résultat extrêmement agréable et satisfaisant tout en sachant que ces atomiseurs étaient à la base conçus pour le genesis. L’idée pernicieuse d’un test « pour voir » a donc inéluctablement commencé à germer et j’ai fini par faire l’acquisition d’une feuille de mesh 400, choisie pifométriquement sur le critère d’un placement intermédiaire entre les déclinaisons 200 et 500 du produit sur la page du shop. Les lignes qui suivent se situent au moment où j’ai abordé le premier montage, fort de la lecture d’un ou deux articles sur le sujet et du visionnage d’un ou deux vidéo-tutos mais sans aucune espèce d’expérience de ce type de montage et à vrai dire, assez loin d’avoir les idées parfaitement claires sur la question.

La théorie

Après moultes conjectures, deux points importants m’ont semblé émerger du flux d’informations absorbé.

02 - saucissonUn soin tout particulier doit être apporté à l’enroulage du Kanthal autour du cylindre de mesh. Des portions de spires trop lâches éloignant le résistif de l’effet refroidissant du liquide absorbé par le treillis métallique vont monter en température, provoquant l’apparition de points chauds dénaturant la saveur vapée. D’autre part, un serrage trop accentué va amener un effet saucisson, le Kanthal entrant dans le mesh pour déclencher de véritables geysers de vapeur anarchiques et déplaisants. Toute la surface interne du solénoïde de Kanthal doit donc être en contact continu avec la surface extérieure du mesh, sans faille mais sans serrage excessif.

03 - short_cutPuisque le montage consiste à placer un cylindre de toile métallique dans une bobine de fil résistif, on se doute bien qu’il va y avoir un gros lézard. Le courant électrique issu du pôle positif de l’atomiseur va se trouver littéralement happé par l’autoroute conductrice formée par le mesh, provoquant une surtension sur le brin de Kanthal relié au dit pôle et vraisemblablement sa rupture immédiate. Il faut donc, pour revenir sur des considérations proches des montages silice ou coton, rendre le mesh isolant. Ceci est obtenu en le chauffant, la montée en température provoquant la formation d’une couche superficielle d’oxyde non conducteur. La technique dite du « pulse » consiste à rapidement pré-oxyder le mesh à l’aide d’un simple briquet puis de procéder à une oxydation plus poussée une fois le cylindre d’acier placé dans la spire de Kanthal, par petites impulsions électriques successives données par une box qu’il vaut mieux dans ce cas choisir électronique pour une meilleure régulation des intensités électriques produites.

La mise en pratique

Le mesh

Une feuille de mesh 400 comme celle dont je dispose se présente sous forme d’une feuille métallique de couleur gris clair, assez soyeuse au toucher. Le tramage des fils d’acier la constituant est extrêmement fin et se distingue difficilement à la vue. On devine cependant un sens à ce tissu dont il faudra vraisemblablement tenir compte lors de la découpe.

04 - mesure_1

La largeur de mesh à découper s’obtient par exemple en utilisant un gabarit de papier roulé ou plus simplement la clé allen fournie avec le Origen posée au fond du tank à travers l’orifice de passage de la mèche, en repérant en gros le sommet du pôle positif.

05 - mesure_2

Sur le Origen v2 MK II version 4 ml, la largeur de mesh à prévoir sera d’environ 3 cm. La longueur est moins évidente à déterminer, surtout quand on ignore tout de l’influence de la quantité de toile métallique utilisée sur la vape obtenue… C’est donc un peu arbitrairement que j’ai choisi une longueur de 15 cm pour cette première expérimentation en me disant qu’il serait toujours possible de raccourcir cette longueur en cas d’impossibilité d’introduire un rouleau trop épais dans l’orifice de l’atomiseur prévu à cet effet.

06 - mesure_3

Le mesh, en tout cas dans sa version 400, se marque aisément au crayon à papier et se découpe non moins aisément aux ciseaux.

07 - mesh

C’est donc sans réelle difficulté que l’on obtient une bandelette qu’il va falloir rouler entre les doigt comme on peut et sans s’énerver. Après quelques minutes de tâtonnements subrepticement éclairés par des réminiscences de roulage de cigarettes, le tube de mesh accepte de se glisser dans le tank du Origen.

08 - mesh_place

J’ignore totalement ce qui m’aura poussé à choisir un des orifices prévus pour les montages coton de préférence à ceux, plus étroits, destinés au mesh. Une sorte d’instinct reptilien irrationnel, certainement.

09 - mesh_taille

La misère à ce stade est que le rouleau est trop long. Ah, c’est bien la peine de ruser tel un renard pour estimer la mesure ! Heureusement, le mesh même roulé et tassé accepte la morsure d’une pince coupante et le défaut s’en trouve rapidement rectifié. Le Origen 4 ml préférera à l’avenir une largeur de mesh en 2,5 cm…

10 - mesh_oxyde

Le moment est alors venu d’entrer dans le dur, à savoir l’oxydation du mesh. Un simple briquet qu’il disait le gars du tuto-vidéo… Chez moi, le briquet n’a guère fait plus que de provoquer le dépôt d’une fine couche de suie noirâtre sur le métal. J’ai donc opté, après dépoussiérage, par un bon coup de chalumeau pour un résultat bizarre et peu rassurant, entre orange et bleu-violet. Bon… On verra bien.

Le Kanthal

Craignant une difficulté à bien entourer le mesh, je suis resté sur un Kanthal souple en 0,3 mm. Le façonnage a commencé par le blocage d’une extrémité de fil au post négatif suivi du passage de ce fil entre l’axe du pôle positif et le mesh en essayant de le conserver tendu sans saucissonnage pour finalement en faire quatre tours.

11 - mesh_coil_1

J’ai tendu légèrement le fil en tirant son extrémité haute à la pince avant de verrouiller par la vis du pôle positif.

12 - mesh_coil_2

Quatre tours de Kanthal 0,3 mm sur un diamètre d’environ 3 mm… Il y a bien longtemps que je n’avais pas tortillé aussi haut en résistance, ce montage devant théoriquement se situer au-delà de l’ohm. Bon… On verra bien.

Les échecs

La première impulsion, donnée par une vaillante box électronique réglée à 20 watts a été assez rigolote puisque le résistif a immédiatement claqué au niveau de la connexion pôle positif, sans l’ombre d’une incandescence ou de quoi que ce soit ressemblant de près ou de loin au résultat escompté. Ah ah ! Trop marrant ! Quelle truffe aussi d’envoyer 20 watts dans le cadre d’un essai de méthode « pulse » ! Sur du Kanthal 0,3 mm en plus !

13 - mesh_coil_3

C’est ici que ça pète

Allez on recommence à 10 watts… Un point orange au niveau de la connexion au pôle positif et bim, ça re-claque ! Ah ouais, mais le bouzin doit pas être assez oxydé, faut lui remettre un coup de chalouf dans le groin… Paf, nouvelle rupture de Kanthal ! Quoi, faut encore un coup de chalouf ? OK, on fait ça… Clac, ça re-pète ! Savez quoi ? Il me gonfle, le montage genesis. Je vais pas me mettre la rate au court-bouillon pour un truc qui sert à rien, demain je remonte le Origen en coton et je fous ma feuille de mesh en vente 5 balles sur Le Bon Coin.

Le succès

Comme d’habitude en pareil cas, la nuit porte conseil… Le fil de Kanthal qui cède au niveau du connecteur positif ne peut être du qu’à une oxydation insuffisante du mesh et si j’ai raté quelque chose au niveau de la méthode « pulse », cela n’empêche pas de réussir une mise en œuvre à l’ancienne. Une nouvelle recherche principalement ciblée sur le travail du mesh ne tarde pas à apporter la réponse. Le tissu métallique doit être chauffé à incandescence au chalumeau, de la manière la plus régulière possible et plongé dans l’eau pour une sorte de trempage, ceci au moins trois fois de suite. Aussitôt lu, aussitôt fait.

Sujet à ce traitement de choc, le mesh devient plus dur et plus rigide, les précédentes couleurs d’oxydation font place à un gris ardoise foncé homogène du plus bel effet. Au quatrième trempage, je remonte le coil, toujours à l’aide de Kanthal 0,3 mm. Et là…

14 - fire

Miracle ! la spire rougeoie, un peu à la « one again » au début mais le Kanthal ne cède plus. Même sans jamais avoir vu de points chauds sur un montage auparavant, on ne peut les rater. Ils forment de petites étoiles vives sur la surface du résistif, leur excès de chaleur les rendant plus clairs. Le montage en comportait deux, facilement éradiqués en améliorant la régularité du coil à l’aide d’un petit tournevis. Spires bien parallèles, espacements réguliers constituent les clés du succès !

Une fois le tank rempli le liquide monte très rapidement dans le mesh, plus vite à mon avis que dans le coton cardé ou japonais. Un excellent présage pour une bonne vape ! La vapeur jaillit lors de la mise sous tension, ce coil genesis si durement obtenu devrait envoyer quelque chose dans le drip-tip lors de l’aspiration.

15 - vapor

L’atomiseur remonté confirme cette hypothèse, la vape fonctionne très bien. La surprise majeure vient du volume de vapeur délivré par ce montage, au moins comparable à celui très conséquent des montages coton. Quant aux saveurs délivrées… Je manque de recul pour en juger mais pense pouvoir affirmer qu’elles sont au moins égales à celles rendues par un MCC. Au moins égales voire plus fines, comme mieux résolues… A confirmer !

Et la méthode « pulse », alors ?

Il est possible de simplifier grandement le montage en appliquant cette méthode « pulse » que je n’ai pas réussie ici. Si je ne me trompe pas, il faut pour y parvenir utiliser un Kanthal plus épais, au moins 0,4 mm et monter la spirale sur l’atomiseur avant d’insérer le mesh. Une fois l’insertion réalisée, le mesh est desserré par des mouvements inverses du sens de serrage de façon à bien le plaquer au résistif. L’oxydation, initiée par une flamme de briquet-torche ou de chalumeau se termine « in situ » par de petites impulsions électriques répétées.

Bonne vape genesis, « pulse » ou « classique », à toutes et tous !

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